DeFi Lending et CEX Earn : Comparaison des Risques
Fondateur
Les rendements des stablecoins reposent sur des modèles de risque distincts. Aave minimise les risques de contrepartie grâce au code et au surdimensionnement des garanties. Les fournisseurs centralisés (CeFi) concentrent les risques dans le bilan de l'entreprise. Une comparaison avec les obligations traditionnelles classe les profils.
1. Introduction : Déconstruction du Rendement
Sur le marché des actifs numériques, les offres d'intérêt (rendements) sont souvent comparées de manière purement quantitative. Un taux d'intérêt de 6,5 % chez un fournisseur centralisé (CeFi) semble à première vue plus attractif que 3,5 % dans un protocole décentralisé (DeFi). Cependant, cette vision unidimensionnelle néglige la structure de risque sous-jacente.
La question centrale pour les investisseurs institutionnels et les gestionnaires de risques n'est pas « Quel est le rendement ? », mais « Quel risque est rémunéré ? ». Alors que les protocoles DeFi comme Aave reposent sur la transparence technique et le surdimensionnement des garanties, les produits Earn des bourses centralisées ressemblent souvent à des prêts non garantis à une contrepartie. Cet article analyse les différences structurelles.
2. Modèle 1 : Lending en DeFi (Risque de Smart Contract)
Les protocoles comme Aave ou Compound fonctionnent comme des marchés de liquidité algorithmiques. Le fonctionnement est déterministe : les dépôts et les prêts sont gérés par des contrats intelligents (smart contracts), sans intermédiaires humains.
Mécanisme de Sécurité : Surdimensionnement des Garanties
Le principe fondamental est le surdimensionnement des garanties (Over-Collateralization). Les emprunteurs doivent toujours déposer plus de garanties que la valeur qu'ils retirent. Si la valeur des garanties tombe en dessous d'un seuil critique (seuil de liquidation), la position est automatiquement liquidée par des tiers de manière neutre par rapport au marché.
Profil de Risque
Le risque est principalement de nature technologique (« Risque de Smart Contract »). Il existe un danger d'erreurs logicielles (bugs) ou de manipulation des données de prix (Oracle Failure). Cependant, il n'existe pas de risque de contrepartie classique envers un intermédiaire, car les fonds (« Non-Custodial ») ne passent pas dans le bilan d'une entreprise mais restent dans un contrat décentralisé.
Conclusion : Le lending DeFi offre une transparence systémique et élimine le risque d'émetteur, mais l'échange contre des risques technologiques.
3. Modèle 2 : Earning via CEX (Risque de Contrepartie)
Les bourses centralisées (CEX) comme Kraken ou Coinbase proposent des produits « Earn » qui promettent souvent des rendements plus élevés. Structurellement, cela ressemble à l'activité bancaire traditionnelle, mais souvent sans mécanismes de protection réglementaires comparables (comme l'assurance des dépôts).
Fonctionnement
L'utilisateur transfère ses actifs à la bourse. Celle-ci prête à nouveau les fonds (réhypothécation), les investit ou les utilise pour la tenue de marché (market making). Le rendement de l'utilisateur est une part du profit généré par la bourse.
Profil de Risque
Ici, le risque de contrepartie domine. L'utilisateur devient créancier de la plateforme. En cas d'insolvabilité de la bourse, les dépôts tombent souvent dans la masse de la faillite. Il n'y a aucune garantie algorithmique de remboursement et aucune transparence sur la manière dont les fonds sont utilisés en arrière-plan (« Boîte Noire »). Le rendement plus élevé est donc une prime de risque pour la solvabilité et la conduite des affaires du fournisseur.
Conclusion : Le CeFi Earn est un modèle basé sur la confiance. Le risque est binaire : tant que le fournisseur est solvable, c'est confortable ; en cas d'insolvabilité, la perte totale menace.
4. Comparaison Structurelle : Lending vs. Earning
La comparaison suivante illustre les différentes architectures de risque :
| Dimension | DeFi Lending (ex. Aave) | CeFi Earn (ex. CEX) |
|---|---|---|
| Transparence | Entièrement auditable on-chain | Intransparent (« Boîte Noire ») |
| Garde | Non-Custodial (Smart Contract) | Custodial (Portefeuille de la Bourse) |
| Contrepartie | Aucune (Code & Participants au Marché) | La Plateforme (Risque d'Entreprise) |
| Sécurité | Surdimensionnement & Liquidations | Solvabilité de l'Entreprise |
| Scénario de Défaut | Exploit Technique ou Défaillance d'Oracle | Insolvabilité ou Action Réglementaire |
| Régulation | Techniquement appliquée (Code is Law) | Dépendante de la Juridiction (souvent incertaine) |
Analyse :
L'écart entre les taux DeFi et CeFi est souvent une mauvaise évaluation du risque. Les acteurs institutionnels préfèrent souvent la transparence de la DeFi, car les risques y sont quantifiables et vérifiables par des audits, tandis que les risques CeFi reposent sur la confiance.
5. Classification : Comparaison avec les Obligations Classiques
Pour situer les profils de risque dans le marché global, une comparaison avec les obligations traditionnelles est utile.
Les obligations offrent un droit légal exécutoire aux intérêts et au principal. Elles reposent sur un cadre juridique établi (obligation de prospectus, droit de l'insolvabilité, surveillance). Le risque est ici principalement le risque de crédit de l'émetteur (État ou entreprise) ainsi que le risque de taux d'intérêt.
- Obligations : Sécurité juridique, rendement faible à moyen, risque de crédit.
- CeFi Earn : Faible sécurité juridique, rendement moyen à élevé, risque de contrepartie élevé.
- DeFi Lending : Sécurité du code, rendement variable, risque technologique.
6. Résumé
Le choix entre le Lending DeFi et le CeFi Earn est une décision entre deux philosophies de risque.
- DeFi (Aave) : Offre transparence et contrôle. Le système est robuste tant que le code est exempt de bugs et que les paramètres du marché (liquidité) tiennent. Il est idéal pour les acteurs qui peuvent auditer les risques technologiques et souhaitent éviter les risques de contrepartie.
- CeFi (Earn) : Offre le confort (« Convenience »). Il abstrait la complexité technique, mais concentre les risques chez le fournisseur. Il ressemble à un prêt non garanti à une entreprise financière souvent peu réglementée.
Pour une stratégie de trésorerie professionnelle, la diversification à travers différentes classes de risque est essentielle. Le rendement ne doit jamais être considéré isolément – il est toujours le prix du risque pris.